Métisse
1993 - Produit par Christophe Rossignon. Une production Lazennec. Avec : Mathieu Kassovitz, Hubert Koundé, Julie Mauduech

Lola, métisse antillaise, a 18 ans et deux amants : Félix, blanc, juif et rappeur et Jamal, noir, fils de diplomate et étudiant. Elle convoque un jour ses deux hommes, qui ne se connaissent pas, pour leur apprendre qu'elle attend un enfant, dont elle ne connaît pas le père. C'est d'abord la guerre, puis une vie à trois s'organise dans le bel appartement de Jamal en attendant de voir la couleur du bébé.

Métisse est mon premier film, tourné en S16mm avec un budget limité, produit par Christophe Rossignon.

Personne ne nous connaissait ou même ne s’intéressait à une histoire qui ne collait pas aux critères du cinéma français de l’époque. Des jeunes de couleurs, du rap… Tout cela n’était pas vraiment au goût du CNC, qui ne nous a pas donné d’aides (ni pour aucun de mes films futurs d’ailleurs). Christophe, avec son esprit d’ingénieur et de fils d’agriculteurs, a permis au film d’exister grâce à une co-production SFP qui a fourni la moitié de l’équipe technique.

Ayant longtemps travaillé comme stagiaire mise en scène dans cette vieille institution française, j’avais peur de tomber sur des techniciens sous motivés qui finissent un film le vendredi pour en commencer un autre le Lundi.

J’ai fais passer un casting à ces techniciens, leur ai donné le scénario en leur demandant de me donner leur avis et nous avons constitué équipe avec attention pour bien intégrer les « anciens » aux petits nouveaux que nous étions.

Nous avons vécu un tournage intense et passionnant ou j’ai appris vraiment le travail du long-métrage, de la durée du tournage, de la fatigue, des doutes, des changements de dernières minutes, des problèmes de budgets…

Cette comédie légère sur fond de racisme « urbain » à été inspiré par la vie que je menais à l’époque. Julie Mauduech, la comédienne principale avec qui je vivais (et qui est la mère de ma fille) interprète LOLA, la jeune fille au caractère bien trempé.

Bien que non biographique, cette histoire vient de l’ambiance de la rue, les débuts du Hip-Hop et de sa culture en France et le melting-pot qui s’y est installé petit a petit et qui est toujours d’actualité aujourd’hui.

C’est sur ce film que j’ai rencontré Hubert Koundé avec qui je retravaillerais ensuite sur LA HAINE.

Il y a aussi beaucoup de personnages qu’on retrouvera dans LA HAINE, dont les grands parents, Vinz, et quelques têtes dont J.C Flamand Barny réal 15 ans plus tard de « NEG MARON », ainsi qu’une bonne partie de l’équipe.

La question du film tourne autour de la couleur de l’enfant à naître, l’infirmière à la fin (qui deviendra la mère d’Hubert dans LA HAINE) donne la réponse : « Il est rose avec des étoiles vertes ».

Le métissage est notre futur, et même si certain y voit une menace, le mélange des sangs et des cultures est mathématiquement inévitable. Ça fait plaisir.

Mathieu Kassovitz

Ps : « Rose avec des étoiles vertes », c’est la couleur de la voiture que commande Belmondo au môme dans « L’HOMME DE RIO » un de mes films préférés.


© mathieukassovitz.com

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